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Réponse à M. Modrikanen concernant sa position récente sur la peine de mort

Cher Monsieur Modrikamen,

Vos propos tenus récemment dans la Dernière Heure en faveur du recours à la peine de mort ont fortement choqué les membres d’Amnesty International qui milite pour l’abolition totale de ce châtiment cruel et inhumain.

En Europe, vous n’êtes peut-être pas sans savoir que tous les pays du continent, à l’exception du Belarus, ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. Les seuls partis politiques qui appellent à son rétablissement sont des partis d’extrême-droite.

L’Etat belge ainsi que l’Union Européenne ont depuis longtemps tourné le dos à ce type de châtiment et l’Organisation Des Nations Unies demande un moratoire international sur les exécutions. Pour quelles raisons ? Tout simplement parce la peine de mort ne fonctionne pas et qu’elle constitue une violation des droits humains les plus élémentaires, à commencer par le premier de ces droits : le droit à la vie. Le Protocole no 13 à la ‘Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales’ du Conseil de l’Europe, relatif à l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances, stipule notamment que :

  ”Le droit de toute personne à la vie est une valeur fondamentale dans une société démocratique, et que l’abolition de la peine de mort est essentielle à la protection de ce droit et à la pleine reconnaissance de la dignité inhérente à tous les êtres humains.”

 Est-il étonnant que les pays qui maintiennent la peine capitale sont des pays où les droits de l’homme sont bafoués : Chine, Iran, Pakistan, Arabie Saoudite et Irak?

Aux Etats-Unis, seul pays « développé » avec le Japon où l’Etat continue de tuer, les statistiques montrent que la peine de mort est discriminatoire, frappant en tout premier lieu les pauvres et les minorités, qu’elle ne réduit en rien le taux de criminalité, qu’elle coûte bien plus cher aux contribuables que l’emprisonnement à vie et qu’elle est appliquée de manière arbitraire.

Pourquoi 60 personnes en moyenne sont-elles c-elles-ell- -ellc ondamnées à mort chaque année alors qu’il y a plus de 12.000 meurtres commis en un an sur le sol américain ? Dans ce pays, les condamnations à mort sont d’ailleurs en forte baisse ces dernières années, les jurys optant pour des peines d’emprisonnement.

La peine de mort est irréversible, alors que les erreurs judiciaires existent et sont nombreuses. Elle réduit la vie d’une personne à un seul acte, aussi répréhensible soit-il, et empêche toute possibilité de réinsertion. Le but de la justice, Maître, n’est-il pas de réparer, de corriger, et non pas de punir aveuglément?

Vous utilisez les exemples de Dutroux et Fourniret mais c’est justement pour des individus qui ont commis de telles atrocités que la société doit se montrer plus digne et ne pas s’abaisser à leur niveau en commettant un autre meurtre. Vous pensez peut-être vous mettre ainsi du côté des familles des victimes ? Nous vous rappelons que 3 des 4 parents de Julie et Mélissa se sont opposés à la peine capitale pour le bourreau de leur enfant. 

Quels seront les critères pour pouvoir condamner à mort ? Qui en décidera ? Qui se mettra du sang sur les mains au moment d’exécuter un être humain ? Autant de questions qui appellent des réponses subjectives.

Votre volonté de rétablir la peine de mort n’a aucune chance d’aboutir et vous le savez pertinemment. Il est donc inutile mais également trop facile de s’exprimer de la sorte sur des thématiques qui sont de toute manière impossibles à mettre en œuvre. Sans doute, vos propos peuvent-ils trouver un écho favorable auprès d’un certain public, peu au fait de la réalité de la peine de mort  et qui est généralement enclin à réagir de façon émotionnelle à certains crimes particulièrement odieux.

Heureusement, l’unique député élu de votre parti, Laurent Louis, a réagi à vos propos en les condamnant fermement et en rappelant son opposition à la peine de mort.

 Pour conclure, nous livrons à votre réflexion cette citation* de Thomas Hammarberg, le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe :

“Notre position sur la peine de mort révèle le type de société que nous voulons construire. Lorsque l’Etat lui-même tue un être humain placé sous sa juridiction, il envoie un message légitimant la violence extrême. La peine de mort a pour effet de renforcer la violence dans la société, j’en suis convaincu. Il y a dans chaque exécution une part de loi du talion.

L’idée qu’un Etat puisse tuer est aberrante. C’est ce que toute société civilisée devrait s’attacher à montrer pour lutter contre la violence meurtrière.”

Bien à vous,

La coordination peine de mort d’Amnesty Belgique francophone.

*« Également disponible sur le site du Commissaire, surwww.commissioner.coe.int ».

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