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Burkina suivi de l’action

Un des éléments capitaux qui apparaissent lors des ateliers que nous menons sur la mortalité maternelle (et nous en vons mené un avec des militants de la section aujourd’hui), c’est le caractère tabou de la sexualité, sans même parler du droit à la contraception: les mamans ne parlent même pas avec leur petite fille de ce qui se passe quand ses premières règles arrivent. Quelle discrétion peut-on attendre d’agents de santé dans une toute petite entité? La plupart des femmes doutent que cet agent garde le silence… Que faire par rapport à des infirmières qui refusent tout moyen contraceptif aux jeunes filles qui n’ont pas encore accouché? 

On en arrive alors à des situations burlesques si elles n’étaient pas parfois tragiques…: la maman qui dit à sa jeune fille qui s’apprête à sortir avec son petit ami: « S’il te demande de te coucher sur le dos, refuse ». Le lendemain matin, sa maman lui dit: « et alors? Tu ne t’es pas couchée sur le dos, j’espère? ». « Non, non, répond-elle. Il m’a demandé de me coucher sur le ventre ». 

Mais bien sûr, il n’est pas aisé de changer des perceptions et des pratiques culturelles si anciennes (même si l’excision, par exemple, a tendance à être pratiquée dans des pays où elle ne l’était pas auparavant). Comment élaborer des stratégies de changement, en liaison avec des organisations locales, de telle sorte que TOUTES les femmes au Burkina, jusqu’au dernier bled du Sahel, soient informées, connaissent leur droits, et surtout soient en mesure de les réclamer?La caravane organisée par AI en début d’année a certes permis de sensibiliser un grand nombre de femmes, mais cela reste bien entendu insuffisant. Deux mille femmes meurent toujours officiellement au Burkina chaque année, des suites d’un accouchement qui s’est mal passé. Sans compter celles qui meurent sur la route vers le centre de santé, ou de retour à la maison faute de soins. De quel gouvernement accepterions-nous que 5.000 personnes meurent ainsi chaque année ?

Il va falloir construire des actions à moyen et long terme. Et c’est là que des ateliers comme celui que nous sommes en train de mener permettent de réfléchir à ces stratégies, et de voir comment partager avec les autres associations les moyens de recours et les idées de sensibilisation nécessaires pour avancer. Comment faire en sorte que la société civile se mobilise et qu’elle soit relayée par la presse (Béatrice a d’ailleurs donné une interview aujourd’hui)? Comment obtenir que le système éducatif intègre l’éducation aux droits sexuels et reproductifs?Les pesanteurs engendrées par la culture et la tradition ne peuvent être contournées que par l’éducation et la non-discrimination à l’égard des femmes. C’est ce qui apparaît clairement lors de ces ateliers. On est manifestement encore loin de la conception qui reconnaît le principe que le corps de la femme lui appartient.

C’est, modestement, le rôle aussi de cet atelier: aider les militants et les cadres de la section à convaincre un maximum de personnes sur l’importance des droits sexuels et reproductifs, en leur fournissant notamment les bases juridiques qui “assoient” ces droits. Nous passons donc en revue les lois burkinabés, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le PIDESC,….Bref, du lourd ;-))))

Mais aussi nous discutons des tactiques à utiliser pour essayer de trouver par exemple des modèles, des hommes qui accepteraient de rejoindre le combat de la non-discrimination, ou encore des jeunes prêts à lancer le débat dans leur école ou dans leur université. C’est cela le combat qui attend la section burkinabé d’AI, et la plupart des associations locales espèrent qu’elle jouera ce rôle.

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